Catherine Barucq
Responsable des études de Citeo
Etude Shopper saison 2 : quelle perception les Français ont-ils des emballages ?
Deux ans après la 1ère édition de l’étude Shopper, Citeo et Action Plus sont retournés en magasin pour interroger 1 600 personnes et étudier l’évolution de la perception environnementale des emballages par les consommateurs. Le contexte de crise sanitaire et le confinement n’ont pas entraîné de retour en grâce des emballages mais un durcissement des perceptions constatées en 2018 et des attentes environnementales plus fortes, notamment sur les nouveaux usages de consommation. Catherine Barucq, responsable des études de Citeo, décrypte les grands enseignements de l’étude.
Quelles sont les grandes évolutions qu’on observe depuis la dernière étude Shopper en 2018 ?
On ne constate pas de grands changements mais un durcissement des perceptions sur l’emballage accompagné d’attentes environnementales plus fortes. C’est le fruit d’une prise de conscience environnementale qui d’année en année prend de l’ampleur. Le confinement n’a pas créé mais a renforcé ces attentes et a confirmé les enjeux émergents et la demande de nouveaux usages, comme la réutilisation.
Dans quelle mesure peut-on dire que les Français sont plus attentifs et plus critiques vis-à-vis des emballages ?
Aujourd’hui,
les acheteurs considèrent l’emballage dans son
ensemble. Ils sont attentifs aussi bien à ce qui est
apparent et à ce qui ne l’est pas : pour 70 % des
répondants, l’emballage c’est à la fois,
l’emballage extérieur et l’emballage intérieur,
qui était peu identifié en 2018. Cette attention
largement accrue (+ 57 points vs 2018) va
conditionner un certain nombre de résultats :
un consommateur qui est plus attentif sera plus
exigeant, donc plus critique.
L’attractivité perçue des emballages a fortement
diminué en 2 ans. Même si 9 consommateurs sur 10
affirment que l’emballage du produit qu’ils
viennent d’acheter leur plaît, ils sont moins d’1
sur 4 à être catégoriques sur le sujet, proportion
en baisse significative par rapport à 2018. La
baisse est plus importante pour les emballages de
l’hygiène-beauté (-32 points pour les déodorants,
-29 points pour les crèmes de soins) et des
surgelés salés (-27 points).
des consommateurs placent la recyclabilité comme l'atout environnemental n°1 d'un emballage
Les consommateurs sont-ils aussi plus exigeants au plan environnemental ?
Oui, les attentes environnementales sont plus
fortes, tout en restant dans une certaine
continuité.
La recyclabilité reste le 1er critère pour
limiter l’impact environnemental d’un emballage
avec 72% des répondants qui la citent en
spontané ; une perception renforcée avec + 8 points
comparé à 2018. Elle est particulièrement
plébiscitée par les consommateurs de madeleines et
de biscuits secs, à hauteur de 86 % en progression
de 41 points, à périmètre constant.
Autre élément important,
les critères liés à la réduction des emballages
sont cités par près d’1/4 des consommateurs et
sont en forte progression par rapport à
2018
: +7 points pour « peu d’emballage » (23%) et +13
points pour « pas de suremballage » (22%).
Cela confirme que la demande des consommateurs
pour avoir moins d’emballage prend de
l’ampleur. Cette tendance a probablement été accentuée par
la période de confinement où les Français ont pris
beaucoup plus de repas chez eux qu’à l’ordinaire.
Elle est tout à fait en accord avec une prise de
conscience environnementale croissante.
On est donc bien loin d’un retour en grâce des
emballages et du recours au « tout emballé
».
Autre exemple qui le montre : 7 consommateurs sur
10 considèrent que le fait que les fruits et
légumes soient déjà emballés n’incite pas à
l’achat, confirmant la préférence pour le vrac,
même en période de pandémie, post-confinement.
des consommateurs souhaitent « peu d’emballage »
ne souhaitent « pas de suremballage »
Côté perception des matériaux, le papier-carton et le verre sont-ils toujours plébiscités ?
Oui, avec une stabilité relative en comparaison de
l’évolution d’autres perceptions :
-4 points pour le papier-carton, +2 points pour
le verre vs 2018. Le métal reste sujet à caution. Son image a peu
évolué depuis 2018 malgré les efforts des
entreprises pour communiquer sur son caractère
recyclable. Le plastique souffre d’une image de
plus en plus négative.
On remarque que
les consommateurs sont globalement plus sévères
qu’en 2018, quel que soit le matériau, même ceux qu’ils
jugent positivement.
Retrouvez les principaux résultats de l'étude en infographie
[Infographie] Comment les consommateurs perçoivent-ils les emballages ?
Voit-on de nouvelles attentes environnementales émerger ?
Oui, principalement deux.
La première est la réutilisation.
Citée par 1 consommateur sur 4, elle devient un
critère environnemental majeur (+12 points par
rapport à 2018).
Les recharges, qui n’étaient quasiment pas
citées en 2018, se démarquent
(+7 points), ce qui confirme la tendance relevée
par l’étude Shopper Luxe (lien).
Les jus de fruits et les céréales sont les
catégories où la demande de réutilisation est la
plus forte : elle est citée par 4 consommateurs
sur 10, avec une forte évolution par rapport à
2018 (environ +30 points). La recharge est plus
importante pour les acheteurs de gels douche (28
%) pour lesquels l’offre est déjà disponible. Ce
sont ensuite les acheteurs de nettoyants ménagers
et de madeleines/biscuits secs qui s’expriment en
faveur des recharges.
Deuxième attente, celle de
la présence de matière recyclée dans
l’emballage. Elle est citée par 14 % des consommateurs et
progresse de 7 points. Le critère est plus
important pour les acheteurs de gels douche, de
madeleines/biscuits secs (catégorie qui enregistre
la plus forte hausse avec +20 points par rapport à
2018) et de céréales. Il est en revanche moins
plébiscité chez les consommateurs d’eau en
bouteille qu’en 2018 (-18 points), un secteur dans
lequel les actions des entreprises sont très
significatives.
des consommateurs estiment que c’est aux fabricants de produits de consommation, aux industriels et aux marques d’agir en priorité pour réduire les emballages
Si les Français sont plus attentifs aux emballages ont-ils le sentiment qu’ils évoluent pour limiter leurs impacts ?
Non, pas vraiment. Comme en 2018,
les consommateurs n’ont pas le sentiment d’une
évolution des emballages qui prenne en compte de
l’environnement. Ce ressenti est lié aux attentes plus fortes,
comme on l’a dit plus haut, et à la mauvaise image
qu’ils ont du plastique.
Les efforts d’éco-conception restent
globalement peu visibles, avec une opinion qui reste assez tiède quant
aux changements, un très petit nombre de Français
étant réellement convaincu sur le sujet.
Pour autant,
les consommateurs qui disent identifier des
changements, valorisent la recyclabilité, les
matériaux utilisés et les initiatives qui visent
à utiliser moins d’emballages, comme les recharges ou le vrac.
Enfin les consommateurs ont toujours de fortes
attentes vis-à-vis des entreprises.
Pour 71% d’entre eux c’est aux fabricants de
produits de consommation, aux industriels et aux
marques d’agir en priorité
pour utiliser moins de plastique (42%), avoir
davantage d’emballages recyclables (41%) et
réduire les emballages (25%).
Citeo accompagne ses clients metteurs en marché à
faire les bons choix pour produire de manière plus
durable et limiter l’impact de leurs emballages,
en accord avec les attentes des Français.